Photographies de Jirí Hanke
Du 6 juin à début septembre 2008
Durant plus de vingt ans, Jirí Hanke a regardé
le monde à sa fenêtre. Depuis son petit
appartement de Kladno, à la périphérie
de Prague, il a photographié les événements,
petits et grands, survenus entre 1982 et 2004. Sa
fenêtre est un cadre où s’inscrivent
le spectacle du quotidien, les signes d’un monde
apparemment figé dans ses habitudes mais qui
s’achemine en fait vers une profonde mutation.
Jirí Hanke nous livre ainsi une méditation
sur le temps. Les travaux modifient peu à peu
l’aspect de la rue tandis que se succèdent
les saisons : neige sale des hivers, printemps pluvieux,
étés à la lumière crue.
Il nous propose aussi une méditation sur l’Histoire
en train de s’écrire au quotidien, au
gré de minuscules événements.
Une course cycliste, la neige qui envahit la chaussée,
un défilé militaire, une inondation,
le changement des modèles de voitures en stationnement,
les modifications constantes de la forme du parking
en contrebas, une carriole attelée : tout devient
indice, matière à réflexion (à
tort ou à raison) sur l’évolution
d’une société.
Mais cette fenêtre est aussi la métaphore
d’une ouverture politique dans un monde fermé
: celui de la Tchécoslovaquie des années
80, les dernières du bloc communiste. En créant
au sein du local de la banque où il travaillait
et où il habitait la Mala Galerie, il offre
aux photographes et artistes contestataires un lieu
de rencontre, de diffusion de leurs œuvres en
même temps que d’ouverture à la
création venue de l’Ouest.
Vingt ans à sa fenêtre : cette «
stratégie de l’araignée »
qui ne va pas au devant de sa proie mais attend patiemment
qu’elle vienne se prendre dans ses rets, fut
aussi celle d’un Paul Strand qui, ayant fui
New York et renoncé aux voyages, cherchait
le monde à sa porte dans le village d’Orgeval.
Une telle stratégie suppose que le microcosme
a valeur universelle, que l’Histoire est faite
essentiellement d’histoires. Le monde que Jirí
Hanke photographie n’implique, paradoxalement,
aucun jugement politique. Cette succession d’images
s’avère une tentative obstinée
de concilier les sphères privée et publique,
la vie et l’Histoire. Elle nous enseigne en
définitive le refus de l’insignifiance
et de la hiérarchie des faits.